Matthias GRÜNEWALD 1470 – 1528

Matthias Grünewald est une personnalité unique dans l'histoire de la peinture allemande. Sa vie et son activité artistique sont mal connues, et l'œuvre qu'il a laissée n'est pas très volumineuse. Pourtant, elle représente un grand moment de la peinture et dépasse largement les limites de son temps. Elle s'inspire toujours de thèmes sacrés, plus précisément des souffrances et de l'œuvre rédemptrice du Christ, auxquelles Grünewald prête une poésie dramatique tout en conservant le vocabulaire formel de la fin du Moyen Âge. Son chef-d'œuvre, le célèbre retable d'Issenheim, par ses thèmes et son langage plastique, est l'expression ultime de la pensée et du sentiment religieux du Moyen Âge.

« l'effroyable cauchemar d'un calvaire (...), comme le typhon d'un art déchaîné qui passe et vous importe » selon les mots de Huysmans qui a fait le voyage en 1903, précédant Picasso et Bacon. Ces neuf panneaux en bois de tilleul, soit 6,65 mètres de peinture, représentent une Crucifixion, la Résurrection, le concert des anges et une étonnante Tentation de saint Antoine...

Comment Matthias Grünewald a-t-il réussi cette prouesse à traduire à la fois l'horreur, la violence, l'illumination mystique, la beauté, la pureté ? Ici, ce sont des crucifixions très suggestives de la violence, le sang perle, les petits monstres grimacent, les cordes tournoient au-dessus du Christ à terre qui tente de s'en protéger. Quant à la Vierge et saint Jean, ils pleurent sans retenue. Sabine Gignoux dit que « la peinture crie ».

La Crucifixion

Le retable femé représente la Crucifixion encadrée par les images de saint Sébastien à gauche et saint Antonin à droite. Sous la scène centrale, la prédelle montre une mise au tombeau. Si la représentation de la Crucifixion est courante sur les retables, le traitement qu'en fait Grünewald est caractérisé par le dépouillement de la scène réduite à quelques acteurs et la violente émotion qui s'en dégage. Sur un ciel presque noir se détachent le Christ crucifié, Marie soutenue par saint Jean, Marie-Madeleine, saint Jean-Baptiste et l'agneau pascal. Pour exprimer l'intensité exceptionnelle de la scène, Grünewald utilise des notations relevant les unes d'un réalisme morbide (le corps du Christ porte les marques de la flagellation, y compris les épines ; les clous déchirent ses mains et ses pieds) les autres d'une suggestion non réaliste (le corps du Christ, grandi jusqu'à la démesure, fait ployer la traverse de la croix). C'est le moment tragique de la mort du Christ dont la tête vient de retomber sur le côté alors que la bouche entr'ouverte, aux lèvres bleuies, semble encore chercher un peu d'air. Au pied de la croix, Marie, silhouette cassée, rejetée en arrière, est soutenue par saint Jean, l'apôtre préféré, visage crispé par la douleur. Marie-Madeleine, agenouillée, joint ses mains en avant dans un geste de déploration. De l'autre côté de la croix, saint Jean-Baptiste, solidement campé sur ses jambes, ne participe pas au violent désespoir des autres personnages. Déjà mort au moment du drame, il n'en est pas un acteur mais un témoin qui réapparaît pour rappeler l'accomplissement de la prophétie rapportée par l'Evangile de Jean que Grünewald a reproduite au-dessus de son index pointé vers le Christ : ILLUM OPORTET CRESCERE. ME AUTEM MINUI. (Il faut qu'il croisse et que je diminue). La prophétie évoque le passage du monde de l'âge de la Loi dans l'âge de la Grâce, de l'Ancien au Nouveau Testament. Saint Jean-Baptiste est accompagné de l'agneau qui saigne dans le calice, élément traditionnel de son iconographie.

L'art de Grünewald est singulier en ce sens qu'il donne à ses sujets les formes du message qu'il veut transmettre. Ici, un Christ surdimensionné, des pieds traversés par des clous noirs, des ongles bleuis très longs, un corps griffé, scarifié laissant penser à cette maladie soignée par les Antonins, le mal des Ardents qui provoquait des crises hallucinatoires dues à la présence d'ergot de seigle dans le pain des pauvres. Le jeu des proportions est tel que chacun est représenté en fonction de l'importance qu'on lui attribue dans les visions de l'époque.

Le traitement de la Résurrection n'est pas moins original que celui de la nativité. Grünewald délaisse la description naturaliste de la sortie du tombeau au profit de l'expression d'un mouvement puissant. Seule l'extrémité du linceul est encore dans le tombeau ouvert tandis que Christ s'élance en l'air, comme libéré de toute attache terrestre. La lumière jaillissant de ses mains, de ses pieds et du côté, il apparaît dans un halo doré. Par cette situation entre ciel et terre, par cette illumination, Grünewald traduit picturalement le verset de L'Evangile de Matthieu (17.2) : " Et il fut transfiguré devant eux. Et sa face brilla comme le soleil ". Cette représentation associe Résurrection, Ascension et Transfiguration.

La Résurection

Sources: UNIVERSALIS / Gilles Fumey


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