Léonardo CREMONINI 1925-2010

« Continuer à peindre aujourd'hui et surtout continuer à croire en la peinture, constitue sans doute la critique la plus radicale, en tout cas celle qu'on ne pardonne pas. » Léonardo CREMONINI


Peintre italien, Léonardo Cremonini Cremonini est né à Bologne en 1925, Il est un des grands peintres figuratifs, l'un des plus originaux de sa génération.

Un Paysage quand Même

J'ai rencontré son oeuvre, lors d'une exposition - 1973, Rétrospective, Maison des Arts, Montbéliard - ; j'avais alors 19 ans et n'en n'étais qu'aux premices de mon travail.

Cette révélation fut suffisament marquante pour reconnaitre ici son influence, même tardive: de Crémonini j'hériterai des coulures de peinture comme départ du travail, sans idée préconçue, aussi cette lente maturation du tableau, apparition des rythmes, cristallisation des formes. Cette liberté dans la construction de l'oeuvre induisant peut-être la relation entre la toile et le spectateur.


Si j'accepte volontiers d'expliquer le cheminement de mon travail de peintre, de la rencontre avec la toile blanche jusqu'à cet instant d'équilibre fragile entre fini et non fini, construit et non construit, identifiable et non identifiable, spontanné et élaboré, je me suis toujours refusé à révéler une quelconque signification au spectateur; il me plais de penser que celui ci peut se promener dans le tableau, suivre les rythmes et les formes posés par le peintre, se laisser aller à la surprise et à l'émotion. C'est là le travail du spectateur et c'est ainsi que l'oeuvre se livre à lui et lui appartient.

G.Z

L'eau et la pierre

Marc Le Bot: "Il n'y a pas de commencement.

Ce qu'on nomme l'oeuvre n'a ni commencement ni fin, voilà ce que dit d'abord le peintre. Il faudrait même rayer du texte le terme équivoque d'oeuvre; l'exclure comme le peintre l'exclut afin de faire comprendre que, pour lui, le travail de peinture ne produit pas une chose. L'image, dit-il, est "aventure en route", puis "aventure abandonnée"; quant à celui qui se laisse prendre, sur la toile, aux jeux des couleurs et des formes, il faut penser que l'image entraîne son regard dans une même aventure, dans des cheminements visuels aussi aventureux, sans terme et sans origine."


Léonardo Cremonini: "Je n'ai pas de message à délivrer.

Au départ de ma peinture, il n'y a pas la volonté de délivrer un message. S'il y a un message dans le tableau, il ne vient qu'après coup. Je n'ai donc pas d'idée très claire sur ce que je fais au départ d'un tableau, puisque je ne sais rien à l'avance de ce qui va arriver. Je sais seulement que ça commence avec des toiles blanches, mais ça ne commence pas toujours de la même façon......

......je sais seulement que, lorsque je peint, c'est dans tous les cas une sorte de processus biologique qui se déclenche et je sais qu'il fonctionne toujours comme cela. Toujours je commence par projeter mes humeurs, mes sécrétions sur la toile, comme l'araignée tisse sa toile avec ses sécrétions. Cette matière librement projetée est ce qui correspond le mieux au désir qui me pousse à peindre, parce que j'ai le sentiment que la couleur ainsi étalée sur la toile, spontanément, est d'abord un état organique de la matière, le détonateur dans l'évolution de l'image. à partir de là, l'image va évoluer et prendre forme.

....Au départ tout est libre. rien que la volonté d'étaler de la couleur et de voir comment elle se comporte avec mes humeurs......

En réalité la rigueur s'annonce déja dans cet état de la toile que j'appelle "biologique". Quand je barre une zone molle avec une verticale dure, je parle de dur et de mou parce qu'il y a là déja du sens et des effets émotionnels......et j'ai besoin qu'il y ait un conflit de forces au départ, dès ce niveau biologique de mon travail, pour que je sois poussé à l'élaboration mentale de l'image.

Il en va de même pour le rôle de la couleur et des formes, dans leurs tensions réciproques. Dans ma peinture, la couleur s'oppose toujours au sordide, elle intervient comme utopie. Elle est malgré tout chargée de lumière, malgré tout chargée d'éclat, malgré tout chargée de vitalité: malgré la fermeture de l'espace par les formes, malgré un très grand nombre de précisions et d'entraves formelles qui s'élaborent dans l'espace de l'image. Et, réciproquement, toute cette précision des formes et des réseaux géométriques qui quadrillent l'espace de mes tableaux confirme la vitalité de la couleur."


Les indiscrétions

MLB: "Quand le tableau aura été abandonné par le peintre au spectateur,il se ranimera. Pour celui qui regarde, il devient à nouveau route ouverte et aventure

C'est d'abord - sans doute fondamentalement - parce que demeure lisiblement inscrit sur la surface de l'image quelque chose de sa genèse matérielle: les tracés de la couleur avec leurs détours, leurs reprises dans les empâtements, leurs repentirs manifestes dans la tranparence des glacis, les taches et coulures provoquées mais inintentionnelles, les gestes aussi du pinceau avec leurs violences et leur douceur. en se donnant l'espace sensible d'une toile, afin de l'habiter comme il dit, le peintre y a tracé des chemins d'abord divaguant du sens: dans les hasards de leurs cheminements, dans les traces d'une recherche que l'image, malgré son achèvement, laisse portant inachevée et ouverte, le spectateur à son tour peut inscrire ses propres détours....."


Les indiscrétions d'une chambre



LC: "Ce qui me fascine le plus, ce dont je voudrais parler, ce n'est pas de l'espace qui est au delà de la toile. C'est de celui qui se trouve en decà: entre la toile et le spectateur........quand je m'efforce de mettre en forme l'espace qui s'étend entre la surface peinte et le spectateur, ce que je fais disparaître, c'est le peintre en tant que l'auteur de l'oeuvre. Je donne au spectateur la place qui est la mienne.

Habiter un tableau: c'est tout autre chose que le signer. Cela signifie qu'on le charge de toutes les composantes biologiques, physiologiques et mentales qui font la complicité d'un être avec la vie et avec les autres......Habiter un tableau, c'est pouvoir y vivre comme dans un espace de relations; tandis que le signer, c'est lui donner le rôle d'un espace d'affirmation....

Ainsi mon désir d'habiter le tableau correspond à quelque chose de très ambitieux: je voudrais que le spectateur découvre la raison d'être du tableau lui même en l'habitant à son tour, comme si on pouvait avoir l'impression devant un tableau que sa présence est justifiée par sa structure et son émanation, non par l'expression individuelle de celui qui l'a fait.

.....Lorsque je dis que je désire habiter mes tableaux, c'est que je voudrais montrer qu'on peut désirer habiter un objet jusqu'au bout de sa formation. cela n'est plus vrai pour l'objet industriel. ce que fait l'homme dans la production industrielle est éparpillé dans le travail à la chaîne. Je veux continuer à défendre l'homme dans le conflit qui l'oppose à ses objets, parce que l'objet habité est le prolongement de son désir qui n'est jamais entièrement satisfait. Par sa consistance, par sa démarche, par les désirs qui l'habitent, l'objet-tableau conteste la réification du système des objets.......

.......Je veux dire que le tableau est bien un objet lui aussi. Mais son caractère vraiment spécifique, c'est qu'il peut être chargé d'un élan, ou d'une douleur, ou d'une passion qui le fait devenir quelque chose de terriblement opposé à un objet absent."


Textes et images (noire et blanc) tirés de l'ouvrage "LES PARENTHESES DU REGARD"

de Léonardo CREMONINI et Marc LE BOT, Edition Fayard, 1979

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