«Ses peintures et dessins nous fascinent, nous emportent.....A travers des représentations de corps entremêlés, elles nous livrent les inquiétudes, les rêves et les espoirs de leur auteur, elles interrogent, et placent l'homme au centre de ses préoccupations.

 

Sa peinture est merveilleusement belle......elle traite de l'homme, de l'être, de sa peau, de sa chair, de ses entrailles et de son sexe. C'est le corps humain qu'elle suggère, enveloppé, inachevé, déchiré, écartelé entre souffrance et plaisir»

 

C MAUDRUX / Le Pays de Franche Comté  

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"Partant du surréalisme, Gérard Zaurin, très imprégné de la mythologie Dalinienne, évoluera vers une figuration qu'il nomme "intérieure" et s'engagera dans un registre lié nettement à la condition humaine, la sensualité.

Il  est né en 1955, dans le Pays de Montbéliard. Son père, espagnol, a fuit, enfant, la guerre civile en Espagne.

Ainsi, G ZAURIN hérite de souvenirs d'exil et de séparation, de guerre, en France comme en Espagne, des violences ou des persécutions subies, mais aussi d’une soif de justice, d'égalité, d’idéal, de liberté et d'amitié.

En 1970, adolescent, il découvre l’œuvre de Salvador DALI, dans l'Ouvrage « Dali »de DRAEGER, puis le mouvement surréaliste et sa philosophie. Cette rencontre avec le travail de Dali est une révélation. A partir de là, il s’imprégnera des techniques du maître, de son langage et  créera ses premières pièces à l'huile. Il découvre les surréalistes. Il bénéficiera d'influences nombreuses: Jérome Bosch, Max Ernst, Hans bellmer, Grünewald, Léonardo Crémonini.

Très vite l’homme devient le centre de ses préoccupations.Il cherche un langage qui lui soit plus personnel et tente de sortir des traces de Dali.

Il se détache de ses représentations hyper photographiques, laisse son esprit vagabonder et se libère de l'esquisse préalable. Des influences différentes se font sentir, exubérance baroque, peinture ancienne, et un besoin d'équilibre entre "l'à peine esquissé" et un souci du détail très poussé, dans la construction et le rythme, entre une ombre profonde et une lumière transparente."

Je suis «artiste peintre» et je revendique cette appellation. Je n'aime pas le terme plasticien pour ce qu'il évoque de pseudo-modernité et de soumission aux lois du marché et aux courants d'art actuels. J’aime peindre et dessiner, peut m’importe si cela ne paraît pas conforme aux tendances. Je n’ai jamais été enclin à céder aux caprices des modes.

 

Je suis resté accroché à l’idée que cette liberté qui m’est si chère, ne me restait accessible que si mon travail artistique était dégagé de toutes considérations financières. Cette liberté que les surréalistes mettent au premier plan, cet héritage de DADA (Dada n’enseigne rien d’autre qu’une forme supérieure de révolte et de « dégagement » de l’esprit) a sans doute, cela doit s’appeler récupération, produit hélas son contraire. Que l’élite s’en saisisse, la plus belle des révoltes se fait conventions et normes, l’imagination devient prison, la modernité affiche le mépris du passé. Je n'ai jamais pu renoncer à ma liberté créatrice ; j'assume ce choix qui ne m'ouvre que peu de porte, et m’entraîne loin des sentiers subventionnés. J'aime peindre, j'aime dessiner, et n'ai pas envie de me soumettre à la nécessité de la modernité à tout prix. Mes influences sont anciennes et nombreuses, Bosch, Grünewald, Holbein, ou plus récentes comme Crémonini, Max Ernst. Mes premiers pas dans la peintures furent « surréalistes ».

 

J'ai juste envie d'offrir des émotions, des interrogations, du dérangement et du désordre, du plaisir, des doutes…Passer des secousses telluriques du désir aux vibrations de l'orgasme, de la terreur à l'illumination.

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Au départ du dessin, de la toile, il y a le blanc.

Là, devant cette immensité , tout est possible, des rythmes s’imposent à moi. Je laisse venir les choses, parfois plusieurs jours. Puis brusquement j’affronte cet infini blanc et pose en quelques minutes des couleurs sur la toile, jette du diluant, provoque des coulures. Et je laisse la magie opérer : de la contemplation des coulures naissent des bribes d’images, des sensations, j’attends que quelque chose se passe : un détail m’accroche, un rythme à modifier, une lumière à poser ici. Je plonge dans le dessin qui SE construit, je ne maîtrise pas tout ; parfois à mon insu, mouvements, étirements, peau, déchirures prennent forme…

Je m’efforce de travailler chaque jour ; la régularité est pour moi essentielle, je clos chaque journée par un tête à tête avec mon ouvrage, que j’y travaille ou non. Pendant mon sommeil, la gestation de l’œuvre se poursuit dans un coin de mon esprit. Que je travaille entre deux obligations journalières, cela reste présent en moi…il est impensable de briser ce fil d’Ariane. Je compare souvent un tableau à un jardin (le spectateur s’y promène et retrouve sur les chemins laissés par le peintre ses émotions, ses sensations), avec des allées, des sentiers pour aller d’un parterre à un autre, des bosquets, des grottes pour se reposer. Imaginez un jardinier s’absentant quelques temps de son jardin en pleine construction ; à son retour, les herbes folles ont envahi tous ses plans. Il lui faut nettoyer, retrouver pas à pas tout ce qu’il a tracé, les chemins, les parterres et les bosquets qu’il avait rêvés. De la même façon, reprendre mon travail après une interruption m’oblige à refaire tous les chemins de la toile, retrouver les rythmes qui s’offraient à moi

Mon travail pictural s'est toujours intéressé à la condition de l'homme, et aux rapports que chaque individu entretient avec le monde. Il n'est pas un morceau séparé de la vie. Il est lié à mes préoccupations utopiques, mes bonheurs, mes souffrances, à ce que le monde autour et en moi, ici ou très loin peut m’offrir ou m’asséner de réflexions, de joies ou de coups…et je ne saurais dissocier les uns et les autres, ni séparer le plaisir de la la douleur, l’attraction et la répulsion, l’attachement, l’arrachement, la mort, la vie.  Il touche à la vie même, le sens qu’elle prend ou qu’on lui donne.

 

Si, longtemps, mon travail s’est orienté vers une figuration plutôt onirique, comportant des éléments reconnaissables - on est, sans doute là, dans ce que les surréalistes nommaient les « calqueurs de rêve » -, aujourd’hui, ma production se situe dans un domaine moins identifiable. Peut-être est-ce une forme d’abstraction, sans doute l’envie d’offrir au spectateur et à moi-même la liberté de se promener dans le tableau sans être prisonnier de représentations trop réalistes ?

Il me semble que notre monde ait la fâcheuse tendance à vouloir tout saucissonner, classifier, répertorier, étiqueter, normaliser et ranger dans des cases étanches et bien séparées les unes des autres. Je ne partage pas cette vision des choses qui me paraît trop cartésienne et laisse fort peu de place à l'imagination, l'être humain et son individualité. Je pense au contraire que toutes les choses sont liées et se complètent plus qu'elles ne s'opposent : la nuit et le jour, la vie et la mort, le plaisir et la souffrance, la joie et la tristesse, l'amour et l'indifférence, L’œuvre d’art rencontre le regard du spectateur, qui va à son tour suivre les méandres posés sur la toile par le peintre, retrouvant ses émotions, ses questionnements. Il y voit aussi ses propres questions, ses doutes, ses joies, ses espoirs, ses rêves, ses préoccupations, ses idéaux, ses peurs et ses angoisses. L’œuvre d’art est aussi dans le rapport qu’elle a avec le monde : l’artiste prend position, son travail, sa pensée interrogent quant à l’existence, l’homme et la société, son devenir. Se pourrait il que l’artiste ait le devoir d’alerter, de pointer du doigt, de dénoncer, secouer les consciences, questionner l’humanité ? L’œuvre d’art saurait-elle exister sans rapport au monde ?

Lorsque je peins, mon esprit travaille à plusieurs choses à la fois ; il guide ma main, mes choix de couleurs et les rapports chromatiques, concentre mon regard sur la pointe du pinceau, regarde la toile en cours, y superpose les visions que j’ai en tête. Mais cette image qui se crée au début du tableau n’est pas figée, elle change, bouge, en interaction avec ce qui se passe sur la toile, le papier. Dans le même temps, ma pensée court seule d'un point à un autre, d'une idée à une autre, mêlant observation, sensation, connaissance, émotion, expérience...Les idées s’enchaînent avec une logique impitoyable ; j'ai souvenir du point de départ, la conclusion s'impose d'elle même et le chemin entre les deux est précis... Là, le temps me semble se dérouler à une vitesse vertigineuse, je peins, tandis que le lecteur CD diffuse une œuvre musicale. Lorsque la musique s’arrête, j'ai souvent l'impression que quelques minutes seulement se sont écoulées. C'est un plaisir intense, une sensation de bien-être ; tranquille devant mon papier, ma toile, je savoure ce que me laissent ces instants éphémères, cette sensation de liberté.

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